Le Mexique, leader du recyclage des déchets électroniques en Amérique latine
Dans un contexte mondial où les déchets électroniques (DEEE) augmentent à un rythme sans précédent, l’Amérique latine fait face à un défi urgent : développer des systèmes de gestion efficaces et sûrs. Le Mexique a réalisé des progrès significatifs dans ce domaine, se positionnant comme l’un des pays les plus actifs de la région en matière de recyclage électronique.
Vue d’ensemble régionale des déchets électroniques
Selon le Global E-Waste Monitor, l’Amérique latine a généré environ 4,2 millions de tonnes de déchets électroniques en 2020. Ce chiffre est en augmentation, et on estime qu’en 2024 il a dépassé 5 millions de tonnes par an. Les pays qui contribuent le plus sont :
| Pays | DEEE générés (tonnes/an) | Recyclés formellement (%) |
|---|---|---|
| Brésil | 1 480 000 | 1,4% |
| Mexique | 1 100 000 | 10% |
| Argentine | 480 000 | 2,2% |
| Colombie | 370 000 | 4% |
| Chili | 200 000 | 3,4% |
Comparaison avec d’autres pays d’Amérique latine
Brésil
Le Brésil est le plus grand producteur de déchets électroniques en Amérique latine, avec plus de 1,48 million de tonnes par an, selon le Global E-Waste Monitor. Cependant, moins de 1,5 % de ces déchets sont recyclés formellement. Ce faible taux est en partie dû à l’insuffisance des infrastructures, à une faible supervision et à la prédominance des recycleurs informels.
Bien qu’il existe une loi nationale sur les déchets solides depuis 2010, incluant les DEEE, sa mise en œuvre a été lente. Les grandes villes comme São Paulo disposent de points de collecte et d’entreprises certifiées, mais le recyclage formel reste une exception ailleurs.
Mexique
Le Mexique produit près de 1,1 million de tonnes de DEEE par an. Contrairement à d’autres pays de la région, il a consolidé un réseau national de recyclage plus formalisé. On estime qu’environ 10 % des déchets électroniques sont correctement recyclés via des entreprises autorisées telles que REMSA ou E-Cycling México.
Bien qu’il n’existe pas de loi fédérale spécifique sur les DEEE, plusieurs états ont développé des réglementations locales. Des initiatives comme Reciclatrón (CDMX) et les programmes de responsabilité élargie des producteurs (REP) ont pris de l’ampleur.
Argentine
L’Argentine génère environ 480 000 tonnes de déchets électroniques par an. La gestion formelle est encore émergente. Des projets notables incluent E-Basura (UNLP) et le programme ReProgramar à Buenos Aires, mais le pays ne dispose pas d’une loi nationale spécifique sur les DEEE.
Le cadre réglementaire actuel est fragmenté entre provinces et manque d’une politique intégrale obligeant les producteurs à participer à la gestion post-consommation, rendant difficile la création de chaînes de recyclage durables à l’échelle nationale.
Colombie
La Colombie est reconnue pour son approche structurée avec le programme Posconsumo, en partie géré par le Ministère de l’Environnement. Le pays produit environ 370 000 tonnes de DEEE par an, avec au moins 15 000 tonnes recyclées formellement en 2023, ce qui représente une croissance constante depuis 2018.
Des résolutions spécifiques (comme la 1512 de 2010) obligent les fabricants à organiser des systèmes de collecte et de traitement. Des entreprises autorisées telles que Lito et EcoCómputo opèrent et des points de collecte ont été mis en place dans les principales villes.
Chili
Le Chili a été pionnier dans l’adoption de législation avancée avec sa Loi REP (Responsabilité Élargie du Producteur), promulguée en 2016. Bien que la mise en œuvre complète soit en cours, cette loi fixe des obligations claires aux producteurs pour gérer les DEEE générés par leurs produits.
Avec une production annuelle proche de 200 000 tonnes, le Chili rencontre des difficultés pour atteindre une couverture nationale, mais a progressé en traçabilité et réglementation. Environ 3,4 % des DEEE sont traités formellement.
Pérou
Le Pérou génère environ 160 000 tonnes de déchets électroniques par an. Il dispose d’un cadre légal spécifique depuis 2012 (Décret Suprême N° 001-2012-MINAM) obligeant les producteurs à mettre en place des systèmes de gestion des DEEE.
En 2022, plus de 7 000 tonnes ont été collectées via des canaux formels, principalement à Lima. En dehors des grandes villes, l’accès au recyclage est limité et une grande partie des déchets est encore gérée de manière informelle ou finit en décharges.
Pourquoi le Mexique est une référence dans le recyclage des déchets électroniques
Le progrès du Mexique dans la gestion des DEEE résulte d’une stratégie intégrant plusieurs facteurs : réglementation locale, collaboration intersectorielle, expansion des infrastructures et sensibilisation croissante du public.
Contrairement à d’autres pays d’Amérique latine sans politiques publiques cohérentes, le Mexique a construit un écosystème dynamique pour le recyclage des équipements électriques et électroniques (EEE), se positionnant comme leader régional.
1. Expansion des infrastructures et alliances stratégiques
Un des piliers du progrès mexicain est la croissance des centres de collecte certifiés. Des entreprises comme REMSA et Ecoazteca, ainsi que des organisations privées et sociales, ont créé des réseaux couvrant différentes régions, permettant une collecte plus sûre et efficace des appareils tels que téléphones, ordinateurs et électroménagers.
De nombreuses entreprises ont également établi des alliances avec des fabricants internationaux —comme HP, Dell ou Samsung— pour se conformer aux régimes de responsabilité élargie des producteurs (REP).
2. Réglementations régionales à impact concret
Bien que le Mexique ne dispose pas d’une loi fédérale spécifique sur les DEEE, plusieurs états ont légiféré de manière indépendante. Jalisco, Mexico City et Nuevo León ont mis en place des cadres obligeant les entreprises à collecter et disposer correctement de leurs produits électroniques en fin de vie.
Cette législation décentralisée permet à certaines régions de progresser plus rapidement, créant des modèles réplicables. Mexico City a promu des politiques facilitant la collecte urbaine, intégrant la gestion des DEEE dans son agenda environnemental local.
3. Éducation environnementale et participation citoyenne
Un autre facteur clé est la capacité du Mexique à mobiliser la population grâce à des campagnes d’éducation environnementale. Des programmes comme Reciclatrón, promus par le Ministère de l’Environnement (SEDEMA), sont devenus des canaux efficaces pour collecter de grands volumes de DEEE de manière sécurisée.
Les campagnes de collecte dans des espaces publics tels que parcs, universités et centres culturels permettent aux citoyens de se débarrasser de leurs appareils obsolètes gratuitement et de manière responsable, tout en sensibilisant aux risques de jeter ces produits dans les poubelles ordinaires.
Les initiatives éducatives dans les écoles, sur les réseaux sociaux et dans les médias promeuvent le recyclage et l’économie circulaire appliquée à la technologie.



